août 2008


A venir.

… pour la deuxième fois consécutive en football !

23 (si, si) août 8h du matin … En grand courageux, et surtout fan(atique) inconditionnel de l’équipe de football nationale argentine, j’ai mis mon réveil ce matin à 5h50 pour pouvoir suivre la finale opposant le Nigéria à l’Argentine.
Le match venant tout juste de s’achever, j’en profite pour poster un petit billet pour l’occasion.

1-0, but d’Angel Di Maria.

L’Argentine a dominé le débat de la tête et des épaules … voila l’impression qui se dégage du match de ce matin, et du tournoi olympique en général. J’avais dis avant le match que les nigérians était très (très) impressionnants sur le plan physique, me faisant douter au passage de la légalité de leur age (le tournoi olympique de football étant autorisé aux seuls joueurs ayant moins de 23 ans, hormis 3 joueurs au choix) :) ! Mais visiblement cela n’aura servi à rien face à l’aisance technique argentine, et à un Messi inarétable.

Messi par ci … Messi par là,

oui d’accord, le meilleur joueur de la planète (qui en doute encore ??!!) était là, mais pas seulement. L’équipe que l’on a pu voir s’exprimer durant ces deux dernières semaines à fait preuve d’une maturité exceptionnelle. Alors qu’ils ont tous entre 17 et 23 ans, à une exception près (exception qui s’appelle tout de même Riquelme, je sais :) ).
A titre comparatif, j’ai vu jouer l’équipe de France cette semaine en match amical. Et je dois avoué avoir été choqué par le gouffre technique qui oppose ces gamins argentins, à cette équipe de France en route pour la Coupe du Monde 2010 …
Pour être honnête, si j’en avait la possibilité, j’embarquerai tous ces gamins en Afrique du sud 2010, sans aucune exception ! En même temps voila, ils jouent deja tous, au sortir de l’adolescence dans des clubs comme le Real Madrid, le FC Barcelone, Manchester, Bayern Munich, Athletico, Boca et j’en passe.
Cette équipe, qui reste sur 12 victoires consécutives (record absolu aux JO), ne souffre d’aucune carence. Pour schématiser :
- à l’arrière : Garay signe au Real Madrid.
- au milieu : Mascherano et Gago respectivement titulaires à Liverpool, et à Madrid.
- devant : Di Maria (sur les tablettes de Chelsea, Real, et Inter), Messi meilleur du monde.
Et là, vraiment je schématise …

Félicitation donc à ces argentins, qui ont fait un parcours exceptionnel, infligeant notamment un petit 3-0 au Brésil de Ronaldinho, Pato, Diego, Sobis, et consort …
En toute objectivité footbalistique, je ne vois pas des joueurs pareils ne pas remporter une coupe du monde d’ici peu (sauf vol, séance de penalty, ou autre connerie où le beau jeu n’entre pas en compte) !
En parlant de beau jeu, et la je m’adresse en particulier à des gens comme Jérôme, ou Tonio (qui auront assurément lu l’article) : franchement, quelle équipe, au monde, pratique un plus beau jeu que l’Argentine ??? Je compte sur vous pour me répondre, et émettre les critiques indispensables au débat.

Sur ce, je termine par quelques remarques en vrac sur ce superbe tournoi olympique :
- Messi est incontestablement le numero 1 mondial.
- Dinho ne semble pas avoir récupéré son niveau d’antan.
- Drenthe est le futur Seedorf !
- Di Maria est très, très, très bon …
- Giovinco va faire oublier Totti.
- les Belges possèdent certainement la meilleur équipe de leur (triste) histoire footbalistique.
- Odemwingi est drôle à en crever :D !!!!!!!! nan mais faut vraiment le voir jouer à Cristiano Ronaldo, et accessoirement perdre le ballon, devant un Mascherano hilare !
- Garay va faire oublier Ayala et Samuel d’une pierre deux coups.
- Gago et Messi ont 21 ans :) ! Aguero et Di Maria en ont 20 :) !
- et pour finir sur une touche d’humour … le talentueux argentin Diego Buonanotte mesure 1,59m :D !

Un grand bravo à l’Argentine, seule équipe au monde à avoir remporté toutes les épreuves que la FIFA a pu lui proposer :D !!!!!

L’usine me laissant 16h de libre chez moi, hormis le sommeil, il faut que je m’occupe. Alors retour aux sources, retour à ma passion première : la littérature.
Passion du moment : me balader dans les librairies, acheter, lire, me balader dans les librairies, acheter, lire … et ainsi de suite. Ce qui m’a d’ailleurs valut la réflexion suivante de la part de la nouvelle petite libraire de chez D****** : “tu lis étrangement vite …”
Propos on ne peut plus contraire à la réalité des choses, quoi que ? Avoue que ça te fait rire, toi (ne vise personne en particulier), qui a eu le malheur de me prêter des livres :D !
Enfin bref, généreux que je suis, je vais te faire part de ma liste du moment. Des livres lus, sur le point d’être terminés, ou en passe d’être entamés … :

- “Journal d’Hirondelle“, Amélie Nothomb. (Merci Marion. Nothomb, de plus en plus dérangée …) = lu

- “L’amour dure trois ans“, Frédéric Beigbeder. (tellement dé-pri-mant, mais tellement passionnant !) = en cours …

- “L’encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu“, Bernard Werber. ( Depuis le temps qu’il me le faut … )

- “Sociologie du dragueur“, Alain Soral. (Parce qu’un petit essai de sociologie ne fait jamais de mal)

- “Sauve Moi“, Guillaume Musso. (Parce que j’en ai marre de pas pouvoir donné mon avis complet sur Musso quand j’ai le bonheur de trouver des gens qui aiment lire ce que tout le monde a lu … )

- “Petit traité de manipulation à l’usage des honnête gens“, Robert Vincent-Joule et Jean-Léon Beauvois. ( ou comment on apprend entres autres anecdotes qu’un chercheur qui quémande 20 ct dans la rue multiplie ces chances d’être éxaucés par 4 s’il vous touche le bras plutôt que s’il vous le demande simplement. Pour tous les vendeurs, séducteurs, et autres charlatans de ce bas monde :) ! )

Voilà qui devrait me tenir en haleine pour tout le mois d’Aôut … Cordialement.
A très vite !

Il est intéressant de remarquer comme l’été est beaucoup moins propice à ma productivité en termes d’écrits divers et variés, que l’hiver … (cf. mon ancien blog ! ). Enfin, “intéressant”, on m’aura compris.
Quelques petites nouvelles de moi même; avant un article plus détaillé sur le sujet :
travail d’été bientôt terminé – recherche active d’appart’- recherche active d’un “boulot étudiant” – etc …
Et dans ce “etc”, il y a entre autre un intérêt grandissant pour l’acteur Fabrice Luchini. Ne me demandez pas pourquoi, concrètement je ne sais pas trop. Ce n’est pas tant pour ces qualités d’interprétation, que pour son don de l’oral ! J’ai rarement vu un homme s’exprimer de la sorte, avec tant de talent. L’art du discours incarné … L’art des silences bien placés, l’art de l’accentuation, et j’en passe. Un orateur des temps moderne en quelque sorte. Un homme “à l’égo démesuré” (oui oui je sais comme moi), qui séduit tout ce qui bouge … Impressionnant. C’est donc en naviguant sur le net, entre mes heures de travail, que je suis tombé sur une rencontre improbable organisée par Telerama : Karl Lagerfeld et Fabrice Luchini. Deux hommes que j’apprécie énormément. L’un pour la créativité que l’on connait, l’autre pour tout ce que je viens de dire. Alors voila je ne vais pas faire compliquer, je vous copie-colle l’article. Lis le, lis le pas, moi j’ai trouvé la rencontre de ces deux personnages hauts en couleur très intéressante !
Karl Lagerfeld et Fabrice Luchini, délires d’égo et joute verbale

Cette rencontre, c’est Fabrice Luchini qui l’a voulue. Fan de Karl. Groupie, même. Dans le gigantesque atelier du couturier, belle rue du 7e arrondissement, il est arrivé le premier. A l’heure. « C’est un génie, nous lâche-t-il, déjà lancé. Dénué de démagogie, donc antimoderne ! Il aime la hiérarchie, le mot “médiocre”, il ose dire que l’impudeur est envahissante ! » « Il » est arrivé. Et le feu d’artifice a commencé. Ping-pong de répliques. Fabrice est passé du « vous » au « tu », avec détour par le « il », crochet vers « Karl » et retour au « vous ». Chacun dans son rôle, l’acteur hausse le ton, apostrophe, agrippe… le couturier, rétracté. Absurdement brillant, irrésistiblement drôle, Lagerfeld est resté dans ses hautes solitudes. Très loin du divan. Fabrice a de la matière pour son prochain spectacle…

On voit cinquante mille livres dans cette pièce… Pourquoi ?

Karl Lagerfeld : J’amasse, j’entasse, parce que je veux tout savoir. Et comme je suis trilingue, je peux mettre davantage dans ma tête que la plupart des gens qui ne parlent pas l’anglais, l’allemand ou le français. En revanche, je n’ai jamais fait l’effort d’apprendre correctement l’italien. J’adore l’Italie, je suis allé 683 fois à Rome, je peux parler italien, mais ça me donne vite le fou rire.

Fabrice Luchini : Karl est dans une dynamique délirante, jamais dans le lâcher-prise. Moi, j’aime aller dans l’abîme, et surtout ne pas me satisfaire de mon ego. Je n’ai pas une culture immense. Par mon métier, j’ai le bonheur de fréquenter des secrets d’auteur et de me demander : qu’est-ce qui nous aide à vivre ? Et à ne pas vivre ? La lecture d’écrivains nourrit, transforme, mais ne rend pas forcément plus heureux. Lire Rimbaud n’aide pas à vivre, juste à être illuminé par du génie d’adolescent. Lire Flaubert… du génie toujours, mais avant tout du ressentiment à l’état pur. Non, la culture n’aide pas à vivre, encore moins maintenant qu’on est dans un tel truc de marchandise. Il y a trop de tout, disait déjà Paul Valéry.

KL : C’est vrai, elle a bon dos, aujourd’hui, la culture. J’ai vu une caricature l’autre jour, un monsieur entre dans une galerie et dit à la galeriste : « Je ne viens pas pour l’art, je viens pour le prix. » Quand Fabrice dit qu’il n’a pas beaucoup de culture, j’en doute. Mais mon approche est différente de la sienne : je suis superficiel avec une grande superficie.

FL : Dans la préface du Gai Savoir, Nietzsche écrit à propos des Grecs de l’Antiquité, et ça peut s’appliquer à Karl : « Ils sont superficiels par profondeur »…

KL : Ce qui m’intéresse, c’est le style, et rien d’autre. Vous voulez connaître mon écrivain français favori ? Bossuet. Lisez L’Oraison funèbre d’Anne de Gonzague de Clèves, princesse palatine. Sublime ! J’aime le Grand Siècle. J’ai découvert – c’est très prétentieux – la culture française à travers les lettres de la Palatine, dont j’avais trouvé une édition d’avant la guerre de 14 dans un grenier, et qui étaient écrites à sa tante l’électrice de Hanovre dans l’allemand de l’époque, que je me suis appliqué à parler pour rendre dingue les profs et mes parents.

Et votre apprentissage du français ?

KL : Mon père parlait neuf langues, ma mère n’en parlait que trois. A 5 ans, j’ai demandé un prof de français parce que je trouvais dégradant de ne pas comprendre ce que disaient mes parents lorsqu’ils ne voulaient pas que je les comprenne. J’ai eu la chance de ne presque pas aller à l’école. Ma mère n’allait jamais voir les profs. Elle me disait : « Si tu dois redoubler, la honte est pour toi. » Je lui dois aussi ma diction, très rapide, car elle me disait aussi : « Accélère, pour les bêtises que tu as à raconter. »

Qu’est-ce qui vous a poussé vers cet univers de culture, de savoir ?
KL : Je me suis poussé tout seul. J’ai passé mon enfance à la campagne, la concurrence n’était pas rude. Je ne pouvais pas jouer avec les petits paysans. D’abord, j’étais trop différent, physiquement. C’est une région où ils sont tous blond-roux, avec de petits tricots faits par maman. Moi, j’avais un noeud papillon, un costume… Et puis ma mère avait une méthode géniale que je conseille à toutes les mères. Chaque jour, il fallait travailler une page de dictionnaire. Et après elle m’interrogeait sur les différents mots de la page. C’est un jeu qui élargit un horizon, ça marcherait vachement dans les écoles.

« La psychanalyse ! D’abord, ça tue la créativité.
Ensuite, si on est honnête, on connaît les questions
mais aussi les réponses. » Karl Lagerfeld


Et vous, Fabrice Luchini ?

FL : Avec moi, on est plutôt chez Céline ! Une enfance en creux. Montmartre, des parents immigrés italiens, petits commerçants. Mon illumination, c’est La Fontaine et Molière. Le génie français, l’oralité de la langue dans la rigueur du style. Je m’émerveille de la liberté au milieu de cette contrainte.

KL : Je ne déteste pas la contrainte. Mais si je vous parle de mes méthodes de travail, vous allez déchanter. En fait, je ne travaille pas. Je n’ai pas besoin de réfléchir, c’est un flash électronique. Ça me prend plus de temps de le mettre sur le papier que d’avoir l’idée. Ça s’est aggravé avec le temps. En revanche, je suis autofasciste, car pour survivre, il ne faut rien se passer ! Je n’ai aucune complaisance envers moi-même, mais j’ai toutes les indulgences pour les autres. Car je ne m’intéresse qu’à moi, où plutôt aux trucs que je fais. Et absolument pas aux autres. Je ne suis pas pousse-au-crime, mais je ne fais pas d’effort pour que les autres survivent.

Vous pourriez vous aussi, Fabrice, dire « je ne m’intéresse qu’à moi » ?

FL : Après des années d’analyse, le moi est en vrac…

KL : La psychanalyse ! D’abord, ça tue la créativité. Ensuite, si on est honnête, on connaît les questions mais aussi les réponses. Enfin, vous connaissez cette caricature du New Yorker. Un type allongé : « Docteur, j’ai l’impression d’être médiocre. » Le psy : « Mais vous êtes médiocre ! »

FL : La psychanalyse a contrôlé mon hystérie, elle m’a permis de décider du moment où je mets ma marionnette au centre. Autrement, je serais toujours resté une victime de mon insécurité. Freud a dit cette chose étonnante : l’analyse est réussie lorsque le pauvre névrosé, qui croit que sa misère est atroce, la découvre absolument banale. Apprendre qu’on est banal et médiocre, c’est merveilleux pour un acteur.

KL : Je suis sûr que Fabrice joue encore sur le divan. Qu’il fait de son psy un public comme un autre.

FL : Impossible ! Dans l’analyse, il y a un arrêt du rire, vous êtes renvoyé à votre ego. Le psy aurait dit : Karl, votre ego génial ne m’intéresse pas ! Mon ambition est de réussir à te déstabiliser. J’aurais fait un analyste remarquable. Mon moi ne m’intéresse pas tellement. Mais je m’intéresse à Karl, j’essaie de le comprendre. Si son système est totalement organisé, il a des failles. Il est défensif. J’essaie de l’entraîner dans l’affectif, car il n’a pas envie d’être embarrassé par l’affectif. Etant acteur, je vois un personnage avec qui j’aimerais jouer…

KL : Un personnage ? Une marionnette, plutôt. Je ne connais qu’un rôle, c’est moi, et je n’en ai jamais connu d’autre. Et je suis parvenu à être l’Allemand d’aujourd’hui le plus connu dans le monde, si l’on en croit un sondage.

FL : Imagine un instant, Karl, que tous ces renvois énormes qui t’apportent beaucoup de satisfaction – l’Allemand le plus connu, etc. – n’existent plus, que les idoles tombent, imagine par exemple que Besancenot arrive au pouvoir, l’horreur arrive, tu n’es plus célèbre…

KL : Eh bien je suis encore capable de m’adapter. Dans la pire des situations, j’ai toujours trouvé quelque chose d’intéressant à observer.

FL : Karl, vous avez quelque chose de large et universel, là où moi je suis très obsessionnel. Mais le foyer de tout ça, c’est quoi ?

KL : C’est faire pour faire et savoir pour savoir. J’ai une curiosité universelle. Surtout pour les gens qui peuvent faire ce que je ne peux pas faire. Les pianistes, par exemple, je pourrais tous les égorger. Moi, la seule chose que je fais, c’est dessiner. Enfant, je voulais être illustrateur et caricaturiste. Je suis né avec un crayon à la main. C’est quelque chose que j’adore faire physiquement. Sans papier, je suis perdu.

FL : Karl a un commentaire sur lui-même, et sur son art, ce qui est rare chez un créateur. Moi, aidé par Jouvet, aidé par Bouquet, j’ai aussi un commentaire : ça fait quarante ans que je m’interroge chaque soir sur le perfectionnement d’un mouvement, d’un rythme, d’un silence, sur le pourquoi on « charge » trop, selon la phrase magnifique de Jouvet : « Ils boursouflent la phrase de leurs intentions personnelles et ils détruisent l’innocence de la réplique. »

KL : Je suis d’accord. Si l’on pense tout savoir une fois pour toutes, on est un raté. Je n’ai pas d’estime pour le mérite, ni le mien ni celui des autres, car l’important n’est pas d’avoir fait, mais de faire. Je n’ai pas envie de me souvenir de moi-même…

« Bon, d’accord, j’ai peut-être un ego surdimensionné,
mais aujourd’hui, j’ai un maître, je suis battu,
et ça me plaît. » Fabrice Luchini

Vous avez tous deux un ego surdimensionné, non ?
KL : On est naturels. Et on ne joue pas non plus aux faussement humbles. On les connaît ceux-là…

FL : Le ver de terre se rétracte par peur de prendre des coups, disait Nietzsche, et ça s’appelle l’humilité. Bon, d’accord, j’ai peut-être un ego surdimensionné, mais aujourd’hui, j’ai un maître, je suis battu, et ça me plaît, car c’est pour cela que je suis venu. Karl est un excellent acteur…

KL : Peut-être, mais ma scène, c’est la rue. Mon meilleur public, c’est les beurs des banlieues. Je suis leur idole, je peux aller dans les banlieues les plus dangereuses, je ne risque rien, car je ne suis d’aucun establishment, je ne ressemble à personne d’autre. S’il n’y a pas de rue, il n’y a pas de public.

FL : La rue est aussi ma scène favorite. Mon enfance à Montmartre, où mon père était marchand de fruits et légumes, où je balayais la boutique, m’a mis tout de suite en contact avec elle. N’empêche, je rencontre souvent Olivier Besancenot, sa femme, éditrice, est charmante. Et je me demande : quelle place aurions-nous dans une société trotskiste ?

KL : Au secours ! Besancenot est peut-être culotté et marrant, mais on a déjà vu ce que ça donnait ailleurs. Une société médiocre et ennuyeuse !

FL : Ne crois pas que je sois marxiste. J’ai beau ne pas être né dans la bonne classe, je détesterais une société sans classes, un nivellement. Je crois à la formule de Vitez : « élitaire pour tous ». Cette société libérale est affreuse, mais elle a un mérite : quelqu’un qui a une singularité peut l’affirmer.

KL : Je n’ai jamais voté de ma vie. Mais j’aime bien Martine Aubry. Elle est intéressante, brillante. Et elle est antipathique. J’aime bien que les gens n’aient pas l’air sympathique et qu’on les découvre. Moi non plus je ne souris jamais, je trouve ça niais. Et Martine Aubry a raison : un travail qui vous fait chier, on ne peut pas le faire plus de 35 heures.

FL : J’ai le courage de ne pas cracher sur un système qui me permet de vivre. Mais je veux quand même donner l’image d’un mec proche des problèmes. Alors j’ai demandé à la femme d’Olivier Besancenot : est-ce que tu crois vraiment à la révolution ? Les militants me fascinent. Ce sont des chrétiens laïcs, qui résolvent tous les problèmes de la vie, alors que la vie est tellement bizarre. Le militantisme, c’est le divertissement pascalien suprême.

La mode est-elle un art ?
KL : Question dangereuse. Ce qui est grave, c’est que certains se prennent pour des artistes. Un de mes collègues a dit un jour : « Je suis un artiste qui consent à faire de la mode. » Moi, je suis un mercenaire…

FL : Et moi je suis inapte au visuel. C’est très petit, mon objet d’intérêt : le mot et son agencement. Je ne suis intéressé que par le son. J’aime énormément la diction de Karl, ce n’est pas du tout une diction allemande.

KL : Non, pour les Allemands, je parle quelque chose qui est proche du chinois.

La distinction, c’est une notion qui vous intéresse ?
KL : Se distinguer, oui, Mais être distingué, ça c’est chiant, c’est pas moderne comme expression, ça n’existe plus, ça fait sous-préfecture : « La dame est très distinguée. » Je n’ai pas du tout envie d’être distingué, mais je veux bien qu’on me distingue.

Et l’élégance ?
KL : Ça, c’est naturel. Une paysanne au fin fond de l’Afrique peut être plus élégante que la femme la plus riche du monde. C’est une attitude, une façon de bouger. Pas un brevet déposé : ça change avec les époques, les ambitions, les idées. Les époques ont le truc qu’elles méritent. Nous on a le téléphone, qui est la chose la plus mal élevée de la terre. Les gens, aujourd’hui, ont trois téléphones devant eux, et ça sonne, on les sonne, comme des bonnes ! Je déteste aussi la télévision : voir dans la maison des êtres humains qui n’existent pas, ça me fait peur. Je ne veux pas que le mélodrame et la tragédie envahissent mon univers, qui est entièrement antiseptique.

Le temps qui passe vous fait peur ?

KL : C’est ça qui donne de la valeur aux choses. Il n’y a que l’éphémère qui est éternel. Roméo et Juliette, ça dure une nuit. Quant à la vie, quand c’est fini c’est fini.

FL : C’est sincère, ça ? C’est quand même grave ce que vous dites là. Vous dédramatisez l’existence ! Un aboutissement quasi bouddhique ! La vie est éphémère… Là où Karl est dans des aboutissements, je suis dans les hésitations. J’accepte le flottement, je laisse de longs temps entre les pièces et les films pour ne pas être tout le temps dans le productif, pour être dans le rien. Quand j’ai cessé d’être un personnage, ma vie est d’un ennui total, l’île de Ré, tout seul, déprimé…

KL : J’adore être seul. La solitude, pour moi, c’est le comble du luxe. Je suis quelqu’un qui lutte pour avoir la paix. Je ne sors pas beaucoup, car j’en ai marre d’être attaqué physiquement, avec les touristes japonaises qui veulent une photo et me pincent la fesse en même temps…

Rien d’autre ne vous angoisse ?

KL : Le but de la vie, c’est la vie, et c’est tout. L’angoisse existe, mais faut pas exagérer, j’ai fait de l’autoanalyse, Fabrice va chez un docteur qu’il paie très cher. Moi c’est gratos, c’est moi et moi-même, deux personnes qui se parlent. Je rigole de moi-même.

FL : Sois tranquille, on ne va pas te faire chier à te mettre sur un divan. Karl a un grand ego. Sa maman lui a fait un peu descendre son ego. Maintenant ça y est, je maîtrise le dossier Karl…

Télérama n° 3055

Propos recueillis par Fabienne Pascaud et Vincent Remy

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